Le retour fait aimer l'adieu.
[Alfred de Musset]
S'il y a bien un passage obligatoire pour le voyageur, c'est le retour de l'enfant du pays (quoi que...).
Pas de flash back, de nostalgie incessante, les souvenirs sont encore trop ancrés pour ça.
Non, rien de tout ça mais...
Dans toute expédition en ville, il y a, pour le voyageur, le contrôle mental : ne pas s'extasier dès qu'on reconnait un mot entendu (« tiens des autres Français ! ») ce fut dur et croyez-moi au bout de la septième fois qu'on se traite soi-même (« mais t'es con T'ES en France »), on finit par le croire et notre ego ne sort pas indemne de cette épreuve.
Ensuite, il faut affronter les séquelles du voyage, ces traces, comme des souvenirs exemptés de TVA qu'on a ramené avec nous. En effet, c'est un des effets secondaires du voyageur que l'effet « Erasmus » n'a pas du atténuer, bien au contraire.
Comprenez par là que quand on vit dans un pays où H&M représente à lui seul 80% des commerces de vêtements, où on a du mal à trouver le temps d'aller tous les jours acheter sa dose de fumette et de vodka, de « prendre un apéro » comme dit si bien la french team, de sortir, de prendre à bouffer en sortant, de rentrer non sans s'être fait engueuler (au choix par le chauffeur du bus, une meuf des baraques choux, le chauffeur du métro) et finalement se lever pour aller en cours (notez bien que je n'ai pas dit « se réveiller ») eh bien on adopte vite le style « roots » (c'est quoi un rasoir ?) pour reprendre l'expression de notre célèbre Routard pour qualifier le Cross Club, ce bar où l'on semble avoir pris nos quartiers et qui a permis à Pierrick de me définir le terme D&B (y'a pas que la techno dans la vie m'a-t-on dit...non y'a Britney aussi :-) )
Alors forcément quand on est un nouveau roots, c'est pas facile à porter et on a un peu de mal à s'assumer donc on n'a pas trop envie qu'on nous voit...
J'ai aujourd'hui appris à mes dépends que le centre ville au moment des fêtes n'est pas l'endroit le plus discret pour s'assumer.
Voir des gens c'est une chose mais en plus qu'ils aient juste choisi ce jour-là pour parler et ne pas tracer leur route comme ça arrive encore souvent, je ne comprends pas...C'est peut-être l'esprit de noël, je ne sais pas...
« Alors c'est comment Prague ? » « Très bien, d'ailleurs je devrais déjà y être, je suis en retard byeeee »
Bêtise humaine que de croire « moins longtemps il me verra, plus vite il oubliera la gueule que j'avais »
Viens ensuite le passage obligé, le moment de l'achat. Je me suis souvent demandé si je serai le même une fois de retour définitivement tant ce laisser-aller avait pris le dessus et que j'arrivais au moment des remises en cause (« mais comment j'ai pu porter ça ? » « J'ai mis autant pour ça ? Le prix il était en centimes ?? ») mais apparemment pas de peur à avoir, je redeviendrai mon égal tant je me suis senti une fièvre acheteuse (que je tiens bien au chaud pour la prochaine fois où j'aurai fait le deuil du roots qui est en moi. Alors seulement je pourrai reprendre contact avec la vie sociale de naguère et ne pas m'éclipser le plus vite possible de peur que l'autre moitié de la ville me demande à son tour comment est Prague).
Le moment de la caisse est aussi un passage complexe (« euh...j'ai pu pensé aux euros...vous allez pas à Prague des fois pour les fêtes parce que si c'est le cas, je peux vous fournir en couronnes ! »)
C'est tout de même drôle, ici tout comme à Prague, les gens portent tous les « manteaux poubelle » tant la matière de ces derniers ressemblent à nos chers sacs en plastique (aucun rapport avec Monsieur Poubelle, entendons-nous).
Mais ne critiquons pas trop car j'ai en projet d'en acheter un incessamment sous peu (mais de marque ! quitte à avoir un sac poubelle sur les épaules autant que ça en soit un de luxe).
Mon dieu, si la french team de Prague connaissait mon projet alors qu'on s'est tant foutu de la gente qui en portait...Je ne suis pas un bon apprenti-roots, honte à moi :-)
Bref, cessons les dires futiles et superficiels, parlons de choses sérieuses, la bouffe.
Dire qu'on m'avait prédit que je grossirai à Prague (il est vrai que, n'ayant presque jamais touché à une bière de ma vie exception faite diluée dans de la grenadine, j'ai rattrapé mon quota pour le restant de mes jours), c'est tout le contraire qui se passe !
J'ai repris en deux jours en France tous les kilos que j'avais mis des semaines à perdre à Prague mais bien sûr, tout cela au profit de spécialités locales (kebab et je projette d'aller chez domino's pizza) donc ça passe, je mets mon corps au service de l'amour et du prestige de mon pays.
Dernier point : le voyageur ne doit pas oublier de rester chauvin... Et vive la France que diable !